Tension sociopolitique post-référendum du 18 juin : Des signaux de futures élections non apaisées?


Les contestations du travail de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) et la faible participation au scrutin référendaire font redouter un climat électoral à venir plutôt tendu…

 

Même si le président de la Transition, le Col Assimi Goïta appelle régulièrement à « l’union sacrée » des Maliens pour relever les défis existentiels du pays, des tensions sont aujourd’hui perceptibles, surtout celles liées à la tenue du référendum constitutionnel du 18 juin dernier.

 

En effet, en plus des séquelles laissées par la campagne référendaire entre les partisans du oui et ceux du non, avec des frustrations liées au cliché véhiculé entre « bons Maliens » pour le oui et « mauvais Maliens pour le non, une certaine crispation sociopolitique apparaît.

 

C’est ainsi que, dans une déclaration en date du 20 juin 2023, le Front Uni Contre le Référendum (FUCR) réclamait la démission des membres de l’AIGE pour « incompétence et partialité », avant de réaffirmer son profond désaccord et sa ferme opposition au référendum tenu le dimanche 18 juin 2023.

 

Ce regroupement politique dénonce avec véhémence « les nombreuses irrégularités » qui ont entaché ce référendum. Et de dénoncer «l’incapacité notoire de l’AIGE à organiser un scrutin et à être impartiale pour demeurer l’appendice du gouvernement ». À la relecture de ce qu’il qualifie « d’illégalités criardes et manœuvres frauduleuses savamment orchestrées », le FUCR affirme se démarquer de ce qu’il appelle « le fiasco », qui demeure le pire scrutin de l’histoire du Mali jamais organisé. «Le Front Uni appelle la communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’homme et toutes les personnes éprises de justice et de liberté à condamner fermement ce référendum illégal et illégitime, de la pire espèce. Il appelle à la démission des membres de l’AIGE en raison de leur incompétence et de leur partialité.»

En outre, le FUCR annonce se réjouir du faible taux de participation. «Face à ces opérations référendaires illégales et illégitimes, le Front Uni avait appelé le peuple à choisir entre s’abstenir ou voter “Non”. Nous sommes fiers de constater que notre message a été entendu et que le taux de participation a été de 27%, selon les estimations d’une mission d’observateurs. Nous saluons chaleureusement le peuple conscient du Mali qui a suivi le mot d’ordre du Front Uni Contre le Référendum… ».

Par cette prise de position des partis et mouvements politiques comme le PARENA, la CODEM, la CNAS Faso Hèrè, la CMAS, l’UDD, la LIMAMA, l’Appel du 20 février pour sauver le Mali et diverses personnes ressources, on déduit une discorde préjudiciable à la sérénité des futures élections générales. Celles-ci, faut-il le rappeler, sont prévues pour lé début de l’année prochaine. Et, quand on sait que c’est la même AIGE qui va organiser ces élections, on se perd en appréhensions et inquiétudes quant au climat de confiance devant prévaloir jusqu’à la tenue de ces élections décisives.

Par ailleurs, c’est dans la foulée de ce référendum que l’un des leaders du front du « non », l’imam Mahmoud Dicko, vient d’être dépossédé de son passeport diplomatique à son retour d’un voyage à l’aéroport de Bamako. Cet acte non-anodin a tout l’air de moyens de pression exercés sur un grand contestataire de la gouvernance actuelle de la Transition et pourrait exacerber la tension au sein de la classe politique et des forces vives en générale, préoccupées par les menaces pesant sur ‘exercice des libertés et acquis démocratiques.

Enfin, c’est dans ce climat lourd d’interrogations que les autorités de la Transition viennent de décider du « retrait sans délai » de la MINUSMA, alors que des voix s’élevaient contre cette mesure. Sans oublier que les mouvements signataires de l’Accord pour la paix ont aussi dénoncé le projet de nouvelle Constitution et se sont montrés hostiles au départ de la force onusienne.

Toutes ces mesures ont créé un contexte lourd de crainte qui a généré une crispation sociopolitique dont le pays n’a point besoin, avant d’abord le dérnier virage décisif vers les élections aux grands enjeux que sont la présidentielle et les législatives de février 2024. Il urge que le pouvoir de transition use de tous les moyens en sa position pour rassurer les différents acteurs, en améliorant le dispositif électoral en place.

Boubou SIDIBE /maliweb.net


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