La cérémonie du lancement de la centrale solaire photovoltaïque de Sanankoroba prévue ce Vendredi 24 Mai 2024

La cérémonie du lancement de la centrale solaire photovoltaïque de Sanankoroba prévue ce Vendredi 24 Mai 2024

Mali : Sanankoroba, le soleil de la transition énergétique.

 

La centrale solaire de Sanankoroba, symbole d’une nouvelle ère énergétique au Mali, promet un avenir plus lumineux avec une énergie propre et renouvelable. Cependant, cette initiative ambitieuse soulève des questions sur sa durabilité et son impact réel, nécessitant une gestion rigoureuse et transparente pour transformer cette vision en réalité.

Le Mali, pays du Sahel confronté à de nombreux défis, dont la crise énergétique, semble avoir trouvé une lueur d’espoir avec la signature d’un protocole d’accord entre le gouvernement de la Transition et la société russe NovaWind pour la construction d’une centrale solaire à Sanankoroba, dans la région de Koulikoro. Cette initiative s’inscrit dans une vision ambitieuse de renforcer la capacité énergétique du pays et de promouvoir les énergies renouvelables, un secteur crucial pour le développement économique et le bien-être de la population.

 

Densifier le réseau électrique national et d’améliorer son accessibilité

La cérémonie de lancement des travaux de construction de cette centrale solaire de 200 mégawatts crête (MWc), couplée à un système de stockage de 20 mégawatts heures (MWh), annoncée pour le vendredi 24 mai 2024, marque un tournant dans la politique énergétique du Mali. Elle incarne la volonté des autorités de la Transition de transformer en profondeur le système énergétique national en s’appuyant sur les ressources renouvelables disponibles, qu’elles soient hydroélectriques, éoliennes, solaires ou issues de la biomasse.

 

Il faut reconnaître l’importance de cette démarche. Dans un pays où l’accès à l’électricité reste un défi majeur pour de nombreuses régions, l’initiative de Sanankoroba promet non seulement d’augmenter la production d’énergie propre, mais aussi d’améliorer la connectivité du réseau électrique national. En utilisant des technologies de pointe comme les panneaux solaires bifaciaux, capables de capter la lumière solaire des deux côtés, le projet vise à maximiser l’efficacité énergétique, ce qui est une avancée significative.

L’ambition de densifier le réseau électrique national et d’améliorer son accessibilité est louable. Trop souvent, les villages reculés du Mali demeurent dans l’obscurité, freinant ainsi leur développement économique et social. Avec ce projet, le gouvernement espère non seulement fournir de l’électricité aux zones rurales, mais aussi stimuler l’industrie locale, en créant des emplois et en développant une expertise spécialisée dans le domaine de l’énergie solaire. Il s’agit aussi pour les autorités maliennes de trouver une solution à moyen terme aux délestages récurrents dont les impacts pèsent lourd sur le secteur économique, notamment les entreprises privées.

Le financement et le transfert des compétences

Cependant, aussi prometteur que soit ce projet, il convient de ne pas se voiler la face quant aux défis et limites qui l’accompagnent. Premièrement, la dépendance à une entreprise étrangère, en l’occurrence NovaWind de la Fédération de Russie, soulève des questions sur la souveraineté énergétique du Mali. Quelles garanties avons-nous que ces partenariats se traduiront par un transfert réel de compétences et de technologies à long terme ?

Ensuite, la question du financement reste épineuse. Bien que la Banque mondiale, via le projet « Yelen Sira », se soit engagée à soutenir financièrement la réalisation de ce parc solaire, la durabilité de ce financement est cruciale. Les promesses de subventions et d’investissements doivent se concrétiser pour éviter que le projet ne tombe à l’eau, laissant les infrastructures incomplètes et inutilisables.

L’autre limite majeure réside dans la gestion et la maintenance des installations. Trop souvent, des projets ambitieux ont été lancés avec grand éclat pour finir en ruines à cause d’un manque de suivi et de maintenance. Les autorités doivent mettre en place des structures robustes pour assurer la pérennité de ces installations, en formant localement des techniciens et en garantissant un approvisionnement régulier en pièces de rechange.

Veiller à la transparence 

De plus, l’impact environnemental et social ne doit pas être négligé. La construction de grandes centrales solaires peut entraîner des perturbations locales, que ce soit par l’occupation des terres, la déforestation ou les déplacements de population. Il est impératif que des études d’impact rigoureuses soient menées et que des mesures d’atténuation soient mises en œuvre pour minimiser ces effets.

Enfin, la dimension politique ne peut être ignorée. Dans un contexte où le Mali est encore marqué par des tensions politiques, sécuritaires et sociales, les autorités de la Transition doivent s’assurer que ce projet ne devienne pas un outil de propagande, mais qu’il serve réellement les intérêts de tout le peuple souverain du Mali. La transparence dans l’attribution des marchés et la gestion des fonds sera essentielle pour éviter les dérives et les accusations de corruption.

 

La centrale solaire de Sanankoroba représente une lueur d’espoir pour le Mali en matière de transition énergétique. Elle témoigne d’une vision ambitieuse des autorités pour répondre aux besoins énergétiques du pays et promouvoir un développement durable. Cependant, le chemin est semé d’embûches, et seule une gestion rigoureuse et transparente, alliée à une réelle volonté politique, permettra de transformer cette vision en réalité tangible pour le bien-être du peuple Malien.

Oumarou Fomba / Sahel Tribune


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