La CEDEAO pourrait abandonner l’assujettissement de sa monnaie commune à l’euro


Passer du franc CFA à l’ECO fait penser à blanc bonnet et bonnet blanc. Or, l’Afrique occidentale souhaite renforcer sa souveraineté monétaire et devrait donc étudier l’idée de se défaire de son assujettissement à l’euro. Telle est la conclusion faite par d’imminents chercheurs africains réunis à Ouagadougou, selon Burkina 24.
 
Les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) devraient envisager de renforcer leur souveraineté monétaire en abandonnant l’arrimage de leur unité monétaire commune, le franc ouest-africain (CFA), à l’euro. Cela signifie qu’il faut revoir les projets de passage du Franc CFA à l’ECO, ont déclaré le 4 septembre des chercheurs africains lors d’une conférence qui s’est tenue à Ouagadougou.
 
“Nous avons constaté que la manière dont le CFA est géré, c’est une monnaie coloniale et néocoloniale, qu’on veut remplacer par une autre monnaie, qui est l’ECO qui avait été décrié par des pays comme le Ghana et le Nigéria suite à la sortie du Président ivoirien Alassane Ouattara, car ces pays ont trouvé cette nouvelle monnaie sera pareille au CFA. Et cela n’est pas souhaité par les Africains, qui souhaitent une monnaie souveraine”, a déclaré Victor Sanou, directeur exécutif du Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES), cité par le site burkinabé Burkina 24.
 
Précédemment, le 21 décembre 2019, suite à un entretien avec le Président français Emmanuel Macron, le chef de l’État ivoirien avait fait une annonce sur la naissance de l’ECO qui allait remplacer le CFA.

Les prix des produits africains déterminés en Occident

Pour le Premier ministre burkinabé, Apollinaire Kyelem de Tambela, qui a présidé la conférence d’Ouagadougou, il est primordial de trouver des moyens pour une monnaie qui remplacera le CFA.
 
“Les richesses de notre pays sont essentiellement constituées de minerais et de produits agricoles […]. Ce sont des matières premières dont nous ne maîtrisons pas les cours mondiaux. Les prix sont fixés à Paris, Londres et New York. Ils évoluent à la hausse ou à la baisse selon les caprices du marché. Dans ces conditions, il est difficile d’avoir une monnaie stable basée sur ces matières premières, à moins de trouver d’autres garanties. C’est pourquoi nous devrions envisager une alternative sérieuse au CFA”, a-t-il souligné.

Une monnaie utilisée pour faire pression

M.Sanou estime que les sanctions imposées sur des pays souverains comme le Mali, le Burkina, la Guinée et le Niger sont pour la plupart économiques et monétaires.
 
“Aujourd’hui, nous sommes dans un environnement conflictuel […]. La CEDEAO a imposé des sanctions au Mali, au Burkina Faso, au Niger et à la Guinée après que les militaires y ont pris le pouvoir avec le soutien de la population […]. Ces sanctions sont principalement mises en œuvre par le biais de canaux économiques et monétaires. Compte tenu des difficultés rencontrées par la population et du fait que nos pays sont entrés dans le processus de transition vers la nouvelle unité monétaire commune de la communauté ECO d’ici 2027, notre centre estime qu’il convient de s’interroger sur les raisons d’une telle décision. Est-il utile d’aller vers une monnaie qui prend déjà les caractéristiques d’un équivalent du CFA?”, s’est-il interrogé.
 

Une monnaie coloniale?

En décembre 2019, les pays membres de la CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Léone et Togo) sont parvenus à un accord avec la France sur les changements à apporter à la zone monétaire du franc ouest-africain (franc de la Communauté financière africaine). En vertu de cet accord, le franc ouest-africain est rebaptisé ECO (dérivé des trois premières lettres de l’acronyme CEDEAO), mais reste rattaché à l’euro. Dans le même temps, la disposition selon laquelle 50% des réserves de change des pays de la zone franc de la Communauté financière africaine doivent être détenues sur les comptes de la Banque centrale française est supprimée. Supprimée également l’obligation de la présence d’un représentant français au conseil des gouverneurs de la Communauté financière de l’Afrique de l’Ouest.Le franc ouest-africain en tant qu’unité monétaire a été introduit par décret du gouvernement français en décembre 1945 dans les possessions françaises d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique équatoriale.

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