L’avenir de l’accord d’Alger en jeu : La Russie de Vladimir Vladimirovitch Poutine, ultime recours de la CMA ?


C’est ce qui semble bien être désormais dans l’air du temps. Désemparée ou en fuite en avant, la Coordination des Mouvements de l’Azawad désespère en tout cas de ses soutiens traditionnels, ses commanditaires en réalité. En se tournant vers la Russie, l’organisation séparatiste et indépendantiste est tout simplement en train d’essayer les recettes de la realpolitik.  

Retour en arrière : en 2012, le Mali tombe dans une crise multidimensionnelle provoquée par l’intervention de la France en Lybie pour faire chuter le régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Tout juste après cet événement malheureux, les pays du Sahara ont connu des crises sécuritaires et alimentaires. Un coup bien ficelé dont les conséquences dramatiques sont encore loin d’être soldées, singulièrement pour le Mali.

Notre pays a en effet vécu le pire avec la révolte de certains Touaregs et alliés qui, manipulés par la France en liaison d’autres pays occidentaux, ont pris les armes pour demander la partition du Mali. Ces mouvements touareg qui, depuis l’avènement de la démocratie, avec la cérémonie de flamme de la paix en mars 1996, ont été nourris et entretenus par l’Etat, n’ont pas manqué de courage à nouveau, après 16 ans de démocratie, de reprendre les hostilités avec le gouvernement pour encore demander leur indépendance, malgré toutes les faveurs que n’ont cessé de leur accorder les gouvernements successifs du Mali, à savoir l’accès facile auxinstitutions en terme d’emplois, l’octroi des quotas lors des recrutements dans la Fonction publique, l’armée, etc. Et durant tout ce temps, l’œil a été tant fermé sur leurs agissements suspects qu’ils ont pu librement se doter d’outils importants sur le plan politique et militaire ; le laxisme de certaines autorités leur ont même permis de procéder à des actes délictueux contre l’armée et à s’adonner à leur sport favori de la corruption à outrance.

Le Mali n’est plus cet Etat faible

Mais voilà, l’Accord dit issu du processus d’Alger, imposé au Mali grâce à la complicité de dirigeants fantoches qui n’ont jamais eu souci de la grandeur de l’Etat, se révèle tout simplement inapplicable avec le nouvel Etat malien piloté par des patriotes conscients. Le Mali est désormais gouverné, il n’est plus question de no man’s land, de passe-droits, de faveurs indues, etc.

L’armé protège les personnes et les biens,l’intégrité du territoire est en passe d’être recouvrée, la montée en puissance des FAMa l’indique à tous. Après la rectification de la trajectoire de la transition, dès les premières heures de sa nomination à la tête du gouvernement par le Colonel AssimiGoïta, Dr Choguel Kokalla Maïga a dit, en entente avec le Chef de l’Etat, devant le Mouvement du 05 juin qu’il y aura l’application intelligente de l’Accord d’Alger.

Et cette application intelligente n’est autre chose que de voir dans ledit Accord les parties qui ne nuisent pas à la République et à l’Etat et celles qui favorisent le vivre-ensemble. Cette volonté de l’Imperturbable, le Colonel Assimi Goïta, président de la transition, chef de l’Etat et chef suprême des armées, est coulée dans l’or. L’armée malienne est, en effet, en train d’être reconstruite avec l’aide des nouveaux partenaires stratégiques.

Le Mali n’est plus cet Etat qui, lors de la signature de l’Accord à Alger en juillet 2014, était considéré comme le ventre mou des parties en discussion, le maillon faible qui avait le couteau sous la gorge. La position de force retrouvée par le Mali depuis le 24 mai 2021 a permis aux autorités maliennes de bouter hors du territoire national des forces étrangères qui ne faisaient que créer l’embouteillage sécuritaire.

Il ne reste maintenant avec nous que nos partenaires de la Fédération de Russie, membre permanant duconseil de sécurité des Nations Unies, la Chine, la Turkiyë et l’Iran. En perte de vitesse, ses partenaires traditionnels, en réalité ses commanditaires et soutiens, ne parvenant plus à en imposer au Mali, la CMA se retrouve dans une situation extrêmement inconfortable, délicate, embarrassante. L’espoir qu’elle avait fondé sur le voyage effectué par le Président Tebboune d’Algérie en Russie il y a quelques semaines a été vain.

Le numéro algérien n’a pas réussi à convaincre les autorités russes, Vladmir Poutine en tête, de s’inscrire dans la logique de la Médiation Internationale. Moscou est restée sur les positions qu’elle partage toujours avec les autorités maliennes de la transition. Face au constat évident de l’incapacité avérée désormais des Occidentaux entraînés par la France à peser significativement dans le jeu nocif de l’Hexagone au Sahel et au Mali, la CMA en est désormais à se ménager une sortie honorable du piège dans lequel elle est prise.

Realpolitik, c’est en se tournant vers l’ambassade de Russie à Bamako. Elle n’a donc pas hésité à démarcherl’ambassadeur russe au début de ce mois de juillet. En bon diplomate, chevronné du reste, Son Excellence Monsieur Igor Gromyko, a bien voulu recevoir en audience une délégation bien représentative de la CMA. Le vendredi, 14 juillet 2023, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Son Excellence Abdoulaye Diop, en présence du Colonel-major Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation Nationale, de la Paix et la Cohésion Nationale, chargé de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, a aussi reçu les hauts émissaires de la CMA.

Un va et vient qui montre que le diplomate russe a su montrer la bonne porte à ses invités, qui n’ont pas rechigné à emprunter le chemin qui leur a été indiqué, en faisant contre mauvaise fortune bon cœur, on le voit. Les autorités maliennes n’ont pourtant jamais cessé de dire à qui veut l’entendre que les questions de l’Accord d’Alger, de l’Azawad, de tous autres ordres, que la solution, c’est désormais au Mali et au Mali seulement, plus ailleurs.Pourquoi perdre du temps à utiliser des canaux qui cherchent à contourner cette réalité et à quelle fin ?

A bon entendeur…

Chez Son Excellence Gromyko comme chez Son Excellence Diop, il a été question de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger ainsi que la nécessité de réactiver et de dynamiser les mécanismes de suivi en vue de booster le dialogue permettant d’aboutir à la paix et à la cohésion nationale.

A travers les explications fournies par les deux diplomates, les visiteurs savent désormais comment ne pas perdre du temps et surtout que l’intégrité du territoire national ne peut plus faire l’objet de marchandages et qu’il ne peut plus exister d’entités géographiques autonomistes. Sur ces points, Son Excellence Gromyko a réaffirmé le soutien de son pays aux plus hautes autorités du Mali pour le raffermissement du partenariat stratégique.

Le Mali a parlé : tout n’est pas à rejeter dans l’Accord, il y a des points qui favorisent le développement et le vivre-ensemble. Donc, son application intelligente coule de source et le peuple souverain du Mali reste debout et continuera de veiller sur ce document dont des contenus ne visent que la partition du pays. A bon entendeur, salut !

Salifou Cissé

Source : Le National 


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