Interdiction d’ONG françaises. Des dégâts collatéraux à craindre ?


La tension refait surface entre le Mali et la France. Les deux pays, depuis une semaine, prennent des mesures de rétorsion réciproques.

 

La tension refait surface entre le Mali et la France. Les deux pays, depuis une semaine, prennent des mesures de rétorsion réciproques. Et les victimes, ce sont les pauvres populations maliennes qui ne cherchent qu’à vivre et à manger à leur faim.

Le France suspend son aide publique au développement vers le Mali

La France a officialisé, la semaine dernière, la suspension de son aide publique au développement à destination du Mali motifs pris de la coopération militaire Mali-Russie et des risques de détournement de cette aide. Une suspension qui inquiète déjà les populations et les ONG bénéficiaires du financement français. C’est d’ailleurs pourquoi un collectif d’ONG dont CCFD Terre-Solidaire, Handicap International, Médecins du Monde et Oxfam, a exprimé , le 15 novembre 2022 , son inquiétude au Président français Emmanuel Macron.

« Depuis la suspension de l’aide bilatérale directe entre les institutions publiques françaises et maliennes, les organisations de solidarité internationale que nous représentons sont très inquiètes des conséquences d’une telle décision pour la population, les organisations de la société civile malienne, ainsi que leur propre organisation », regrettent les organisations qui précisent que « 7,5 millions de Maliens ont besoin d’assistance, soit plus de 35% de la population ».

Selon ces ONG, la suppression de ces financements entraînera l’arrêt d’activités essentielles, voire vitales au profit de populations en situation de grande fragilité ou de pauvreté. Elles ont d’ailleurs invité E. Macron à revenir sur cette décision en soutenant que l’aide publique au développement de la France via ces ONG devait être « garantie en dehors de tout agenda politique ou sécuritaire, et uniquement selon les besoins des populations ».

La réplique du Mali

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement du Mali a répliqué à cette décision des autorités françaises. Le ton utilisé dans le communiqué montre le degré de colère des

gouvernants maliens. D’abord, le Mali dément, à nouveau sa collaboration avec Wagner. « Le Gouvernement de la Transition réaffirme que ces allégations fantaisistes sont sans aucun fondement et considère cette annonce de la junte française comme un non évènement », a déclaré le Colonel Abdoulaye Maïga qui ajoute que : « le Gouvernement de la Transition rappelle que cette déclaration n’est qu’un subterfuge destiné à tromper et manipuler l’opinion publique nationale et internationale aux fins de déstabilisation et d’isolement du Mali ».

A en croire le gouvernement, c’est depuis février 2022 que la France a notifié par voie diplomatique la suspension de sa coopération  au développement en faveur du Mali. Même si les populations et les ONG opérant au Mali sont inquiètes, ce n’est pas le cas chez les gouvernants. « Cette décision de la France prise depuis février 2022 ne suscite aucun regret, d’autant plus qu’elle contribue à la restauration de notre dignité bafouée par une junte française spécialisée d’une part dans l’octroi d’aide déshumanisante pour notre Peuple et utilisée comme moyen de chantage des gouvernants et d’autre part dans le soutien actif aux groupes terroristes opérant sur le territoire malien », précise le communiqué du gouvernement malien.

Par le principe de réciprocité, le Mali, à son tour, a pris des mesures contre des ONG françaises. « Le Gouvernement de la Transition décide d’interdire, avec effet immédiat,

toutes les activités menées par les ONG opérant au Mali sur financement ou avec l’appui matériel ou technique de la France, y compris dans le domaine humanitaire », indique le communiqué.

Une décision radicale et inopportune

Même si les maliens, dans leur majorité, soutiennent les autorités dans leurs actions de réciprocité aux différentes attaques extérieures, l’interdiction des ONG françaises est plus qu’impopulaire. Il est critiquable que les autorités qui disent défendre les intérêts de la population, interdisent des ONG qui, pourtant, sont au chevet des mêmes populations dans plusieurs domaines. Cette interdiction se fait à un moment où l’État ne recrute même pas 2000 diplômés par an. A-t-on pensé aux milliers de Maliens employés de ces ONG françaises, à leur famille ? A-t-on pensé à ces millions de personnes secourues par ces ONG? Au centre et au nord du Mali, des ONG, y compris françaises luttent efficacement contre le terrorisme en donnant de l’emploi aux jeunes. Leur départ prématuré risque de conduire le Mali vers des horizons inconnues. Car, selon l’ambassade de France au Mali, environ 88 associations et ONG françaises sont actives. « 47 ONG sont présentes physiquement au Mali. 41 ONG mènent des activités via leurs partenaires locaux, mode opératoire qui s’est renforcé après la crise et l’insécurité dans le centre et le nord du Mali », précise-t-on. Ces ONG interviennent dans la sécurité alimentaire (agriculture, maraichage, agro écologie) : 21 ; Santé : 17 ; Eau et Assainissement : 14 ; Éducation/ Formation: 16 ; Environnement : 17 ; Droits de l’homme : 10 ; Gouvernance : 2 ; Culture : 1. « Les interventions géographiques se répartissent de la manière suivant : Région de Mopti : 22 ; District de Bamako : 20 ; Ré- gion de Kayes : 19 ; Région de Gao et de Tombouctou : 9 ; Région de Sikasso : 8 ; Région de Koulikoro : 7 ; Région de Ségou : 3 », précise l’ambassade de France au Mali.

A en croire la même source, pendant les dix dernières années, la France a financé de nombreux projets dans le domaine de l’assainissement et de l’accès à l’eau potable. Il s’agit surtout de la réalisation d’adductions en eau potable dans 18 communes de la région de Mopti et Kayes, de la construction des stations d’épuration et de traitement à Kabala, en amont de Bamako, de la création de deux sociétés publiques de gestion de la ressource hydrique.

Aussi, entre janvier 2013 et septembre 2017 la France, à travers l’Agence française de développement, a octroyé 310 milliards FCFA (473 millions d’euros) au Mali. Et entre 2019 et 2020, elle a injecté 336 millions d’euros au Mali.

Au regard de la contribution de la France et de ses ONG en faveur des populations maliennes, les autorités de la transition doivent revoir leur copie. Et assouplir leur décision. Pendant que les élèves et étudiants, les magistrats sont en grève, les enseignants et les greffiers se préparent pour une grève, la Minusma se vide… le Mali n’a pas besoin d’un autre front, quifera davantage souffrir les populations.

 

Anguimé Ansama

MALIKILÉ

 

 


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