Décryptage : Le droit à la vérité


Aujourd’hui dans “décryptage”, le 2e scrutin référendaire du Mali et le rapport des Nations unies sur les évènements de Moura dans un contexte pour le moins tendu.

 

Conjugaison d’intérêts sociopolitiques et démocratiques

 

Le premier référendum du Mali démocratique date du 12 janvier 1992. Dans le Mali en apprentissage démocratique, Amadou Toumani Touré (ATT), président de la Transition à la suite de son putsch contre le général Moussa Traoré, parvient avec son Premier ministre Soumana Sako, à faire adopter la Constitution par référendum en janvier 1992 avant de la promulguer.

Pour une fois, il y a eu une conjugaison d’intérêts sociopolitiques et démocratiques grâce à l’engagement et à l’implication des acteurs du Mouvement démocratique. Les Maliens se sont sentis récompensés. Rien de surprenant. De fait, dans les années 1990, la démocratie malienne, si jeune soit-elle, vit son âge d’or grâce à l’alchimie entre le régime de Transition et le Mouvement démocratique.

D’ailleurs une telle alchimie a manqué entre la Transition actuelle depuis août 2020 et le mouvement M5-RFP à cause des divisions internes au sein de cette dernière. Aujourd’hui, la communication sans limitation a supplanté l’implication de vrais acteurs politiques. Mais le temps presse. Le 18 juin prochain, les Maliens voteront au deuxième référendum de leur histoire pour valider ou non la nouvelle Constitution, ce qui n’est pas vraiment leur priorité, semble-t-il.

 

 

 

Bonne foi, retour à l’ordre civil, respect des engagements

Et pourtant, à Bamako, on se démène pour préparer le premier scrutin de la Transition. Objectif : montrer une certaine bonne foi pour un retour à l’ordre civil et le respect des engagements pris avec la Cédéao. Une parenthèse dorée dans un contexte sécuritaire trouble. Mais, les Maliens sont divisés. Une partie des Maliens s’oppose au référendum.

Le parti de l’ancien Premier ministre, Soumana Sako, la Convention nationale pour une Afrique solidaire Faso-Héré, Cnas-Faso Hèrè, “réaffirme que ni l’objectif de refondation, ni le retour à l’ordre constitutionnel n’exigent une soi-disant nouvelle Constitution”. Des mouvements associatifs comme Anté, Nda Bola (Nous refusons de nous taire, car nous avons notre à dire) dénoncent aussi le projet de nouvelle Constitution.

 

Quelle place pour les Maliens ? On s’empresse de tourner les pages des putschs. Ce qui est tout à fait légitime. Ce n’est pas pour autant qu’on oublie l’essentiel : les causes des putschs (mal gestion, instabilité et dédain). Méfions-nous des résurgences crépusculaires, ces vieux démons, ressuscités par la division et le mépris. Alors qu’un scrutin référendaire est par définition un moment de fête et d’évaluation de la vitalité démocratique d’une nation comme en 1992. Espérons que bientôt, ce sera les “jours heureux”.

Sauver la face.

Dans le Mali en transition, un autre événement chatouille l’actualité : le rapport du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme sur les événements du village de Moura, publié en avril 2023. “… Au moins 500 personnes auraient été tuées en violation des normes, standards, règles et/ou principes du droit international des droits de l’Homme entre le 27 et le 31 mars au cours de l’opération militaire à Moura…”, selon le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme.

La réaction des autorités maliennes ne se fera pas attendre. Le 13 mai dernier, l’exécutif malien “… décide d’ouvrir immédiatement une enquête judiciaire contre la mission d’établissement des faits et ses complices pour espionnage […] complot militaire…” La bataille de la vérité fait rage. Violations du droit international humanitaire et crimes de guerre pour les uns, espionnage et complot pour les autres.. En attendant, ce qui est sûr, ni le Haut-commissariat des droits de l’Homme des Nations unies, ni l’exécutif malien ne doivent se tromper sur un impératif : la vérité (ce qui est vrai), un des droits essentiels du peuple malien. Evidemment, chaque protagoniste tente de sauver la face. Normal. Mais, le syndrome des tensions inutiles ne doit pas avoir raison de la nécessité de transparence. L’image des uns et des autres pourrait être écornée. Au point où on en est, chacun doit prendre ses responsabilités. Mais, combien de rounds, faudrait-il, pour sonner la fin de la brouille ? Travaillons à ce que les bourreurs de crâne n’aient pas raison sur notre capacité de discernement.

Pour conclure, l’extrême imprévisibilité de l’insécurité et la fragilité de la gouvernance nous enjoignent à s’entendre et à se soutenir. Elles nous interdisent aussi d’exclure toute hypothèse pour œuvrer ensemble à l’émergence de la vérité. Ecoutons le sage de Bandiagara : “Croire que sa race ou sa religion est seule détentrice de vérité est une erreur. Certaines vérités ne nous paraissent invraisemblables que, tout simplement, parce que notre connaissance ne les atteint pas encore”, A. Hampaté Bâ (1980).

Mohamed Amara


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